Douze ans après leur premier album, Sympathique, qui les a révélés au monde entier, Pink Martini présente son quatrième album studio, Splendor in the grass. Thomas Lauderdale, co-fondateur du groupe, revient sur son histoire et sur l'élaboration de ce nouveau disque, où la joie convie à l'espoir.
Peu de gens savent que la naissance de Pink Martini est liée à vos engagements politiques et citoyens. Pouvez-vous nous raconter cette aventure? Thomas Lauderdale : Après l’Université, China Forbes, la chanteuse du groupe est partie à New York pour écrire des chansons et je suis retourné à Portland pour m’engager en politique tout en étudiant le piano. En 1992 et 1994, un groupe appelé « The Oregon Citizen Alliance » (L’alliance des citoyens de l’Oregon) a essayé de changer la Constitution de l’Etat, en déclarant notamment que l’homosexualité était illégale ou en essayant de faire annuler certains de nos droits fondamentaux. J’ai travaillé contre eux. Pink Martini a commencé à jouer au cours de meetings politiques et de réunions de levées de fonds en faveur de l’environnement ou du logement à loyer modéré.
C’était il y a 15 ans… Aujourd’hui, que pensez-vous d’Obama à la présidence américaine ? TL : C’est une chose extraordinaire. J’ai été très surpris, je ne pensais pas qu’au cours de ma vie j’assisterais à un événement aussi important que l’élection d’un noir-américain à la présidence. L’esprit de Pink Martini est très proche des idées défendues par Barack Obama. Nous nous intéressons à la diversité du monde, aux styles musicaux des quatre coins de la planète.
Pink Martini offre une musique nourrie d’influences venues du monde entier. Quelles sont vos principales sources d’inspiration ? TL : J’ai toujours adoré créer des compilations de chansons, les mixer ensemble. Par exemple Schubert avec Philippe Catherine ou encore Bernard Herrmannavec Jesus Christ Superstar. J’aime beaucoup relier des musiques de différentes époques. A côté de ça, il y a beaucoup d’influences dans notre musique car China Forbes et moi avons grandi dans des familles multiculturelles et avons étudié différentes langues. Le groupe réunit des musiciens de tous horizons. Par exemple, Robert Taylor, notre tromboniste, a étudié les cuivres à l’orchestre symphonique de Chicago, a fait des tournées en Europe avec le « American Russian Youth Orchestra » et a appris la trompette tout seul en écoutant Miles Davis. Chaque membre du groupe introduit continuellement de nouvelles influences, de nouveaux répertoires.
Pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec Chavela Vargas ? TL : Je n’ai jamais eu l’occasion de la rencontrer mais je suis fan de sa musique depuis dix ans. J’ai toujours rêvé de lui faire enregistrer une chanson avec le groupe et j’en ai discuté avec elle au téléphone l’an dernier. Chavela m’a alors suggéré "Piensa en Mi" d’Agustin et Maria Teresa Lara qui est justement l’une de mes chansons préférées. Alors qu’elle était en tournée aux Etats-Unis, elle a enregistré le titre accompagnée de ses deux guitaristes. Nous avons ensuite ajouté une autre guitare, un piano et un violon.
Quel message souhaitez-vous passer avec ce disque ? TL : Sans aucun doute un message d’espoir. C’est un album joyeux bien que réfléchi, et nous nous sommes beaucoup amusés lors de l’enregistrement.
Propos recueillis Florence Thireau et Jean-Sébastien Josset Photographie Adam Levey